En novembre le potager ralentit mais il ne s’endort pas. Les journées raccourcissent et les premières gelées arrivent dans une bonne partie de la France. C’est pourtant maintenant que se prépare la saison prochaine. Ce mois tient en quatre chantiers qui s’enchaînent dans un ordre logique : semer ce qui peut encore l’être, planter ce qui a besoin du froid, protéger ce qui reste en terre et préparer le sol pour le printemps. Une précaution avant de commencer. Entre un jardin du littoral atlantique et un jardin lorrain ou de moyenne montagne, le calendrier peut se décaler de plusieurs semaines. Nous préciserons donc à chaque étape ce qui vaut pour les régions à hiver doux et ce qui vaut pour les régions plus froides.
Les derniers semis de l’automne
Les semis se font rares en novembre parce que la terre se refroidit et que la lumière manque. Deux légumineuses font pourtant exception : la fève et le pois à grain rond. Une fois levées elles supportent le froid et profitent de l’hiver pour s’enraciner. Elles repartent alors très tôt au printemps.
La fève, le semis d’automne le plus sûr
La fève est la culture qui se prête le mieux à un semis de novembre. Certaines variétés ont été sélectionnées pour cet usage, comme Aguadulce et sa sélection Aquadulce Claudia, connues pour leur résistance au froid. Semées en octobre ou en novembre dans les régions à hiver doux, elles donnent leurs premières gousses dès le printemps. Le semis se fait en pleine terre à environ cinq centimètres de profondeur. Deux conditions comptent davantage que la date elle-même. Le sol doit bien s’égoutter car la graine pourrit dans une terre gorgée d’eau. L’emplacement doit aussi être abrité.
Le pois à grain rond, pour les sols sains
Le pois se sème lui aussi à l’automne dans les régions douces, à condition de choisir une variété à grain rond comme Douce Provence. Ces pois tolèrent mieux le froid et l’humidité que les pois à grain ridé, plus sucrés mais plus fragiles, que l’on garde pour la fin du printemps et l’été. Le semis de novembre reste un pari raisonnable dans le Sud et sur la façade atlantique, dans un jardin abrité au sol bien drainé. Plus au nord et dans l’Est il devient nettement plus risqué.
Et dans les régions froides ?
Là où l’hiver est rude, ou quand la terre reste lourde et humide, mieux vaut ne pas forcer. La fève n’a pas besoin de passer l’hiver dehors pour fleurir. Un semis en godets sous abri en février avec une variété précoce donne une récolte presque aussi précoce qu’un semis d’automne. Attendre ne fait donc rien perdre. Vous évitez simplement des graines qui pourrissent et des jeunes plants abîmés par le gel.
Les plantations qui ont besoin de l’hiver
Certaines cultures ne se contentent pas de supporter le froid. Elles en ont besoin pour bien se développer, ou bien elles s’installent plus facilement pendant le repos de la végétation. Novembre est leur moment.
L’ail blanc et l’ail violet
L’ail d’automne a besoin d’une période de froid pour former une tête bien divisée en caïeux. La plupart des variétés demandent un à deux mois de températures comprises entre 0 et 10 °C. Planté en novembre, il trouve précisément ces conditions. Les caïeux se plantent un par un, la pointe vers le haut, recouverts de deux à quatre centimètres de terre. Sans ce passage au froid la tête reste petite ou ne se divise pas. L’ail rose suit un calendrier plus tardif : l’ail rose de Lautrec, par exemple, se plante traditionnellement en décembre et en janvier.
Un point demande de la vigilance dans les terres lourdes. L’humidité de l’hiver favorise les maladies de l’ail planté à l’automne. Si votre sol reste détrempé une partie de l’hiver, vous pouvez démarrer les caïeux en godets sous abri froid puis les mettre en place au printemps.
L’échalote grise
L’échalote grise se plante habituellement à l’automne, alors que les échalotes roses et longues se plantent en fin d’hiver. Elle demande les mêmes précautions que l’ail, c’est-à-dire une terre saine qui ne retient pas l’eau et une planche bien ensoleillée.
Les petits fruits à racines nues
Novembre ouvre la saison des plantations à racines nues qui court jusqu’en mars. Framboisiers, groseilliers, cassissiers et autres arbustes fruitiers sont alors au repos. Arrachés en pépinière sans motte de terre, ils coûtent moins cher que les plants en pot et s’enracinent souvent mieux. Le vieux dicton de la Sainte-Catherine, le 25 novembre, affirme que tout bois prend racine. Il simplifie un peu les choses mais il désigne le bon moment. Ne plantez jamais dans une terre gelée ou détrempée, et laissez tremper les racines un moment dans un seau d’eau avant la plantation.
La rhubarbe et les aromatiques vivaces
L’automne est aussi la saison de la division de la rhubarbe, une opération à renouveler tous les cinq ans environ pour garder des touffes productives. On déterre la touffe au repos, on prélève un éclat qui porte au moins un bourgeon et un morceau de racine, puis on le replante aussitôt. C’est la méthode de multiplication la plus fiable pour cette plante. Le même principe s’applique aux touffes de ciboulette devenues trop denses.
Protéger les légumes restés en terre
Une bonne partie des légumes d’hiver se récolte au fil des semaines, directement dans la planche. Tous n’ont pas la même résistance au froid et il est utile de les ranger en deux groupes.
Ceux qui passent l’hiver sans aide
Les poireaux, les choux de Bruxelles, le chou kale, la mâche et les épinards supportent les fortes gelées dans la plupart des régions. Il suffit de les récolter au fur et à mesure des besoins, de préférence hors des périodes où le sol est gelé.
Ceux qui demandent un peu d’attention
Le panais, la carotte et la betterave supportent les gelées légères. Leur feuillage peut disparaître mais la racine survit parce que la terre l’isole du froid. Le panais y gagne même en douceur, car le froid transforme une partie de son amidon en sucres. Ces racines craignent en revanche un sol gelé en profondeur. Dans les régions froides, couvrez les rangs d’une bonne couche de paille ou récoltez-les avant les grands froids pour les conserver au frais dans du sable. Le céleri-rave suit la même logique. Les salades d’hiver passent mieux la saison sous un voile. L’artichaut enfin craint les hivers rigoureux, surtout lors de son premier hiver. Après la récolte on coupe les vieilles tiges florales, puis dans les régions froides on protège la souche avec un paillage épais de paille ou de compost, que l’on retire au printemps.
Le voile d’hivernage, un abri léger
Le voile d’hivernage laisse passer la lumière, l’air et l’eau. Selon son grammage il gagne de un à quatre degrés environ au ras des plantes. Il se pose directement sur les cultures ou sur des arceaux et se maintient en place en lestant ses bords. Pendant les périodes douces, soulevez-le de temps en temps pour aérer les cultures.
Préparer le sol pour le printemps
Le dernier chantier du mois concerne la terre elle-même. Ce que vous faites maintenant conditionne la facilité des semis du printemps.
Ne pas laisser la terre nue
Un sol nu en hiver subit de plein fouet les pluies. Elles tassent la surface, forment une croûte et entraînent en profondeur une partie des éléments nutritifs, en particulier l’azote. Une couverture végétale limite ces pertes à condition d’être déjà bien développée quand les pluies d’hiver arrivent. En novembre il est donc trop tard pour qu’un engrais vert joue ce rôle. Un seigle semé maintenant lèvera mais ne se développera vraiment qu’à la fin de l’hiver. La couverture la plus efficace ce mois-ci reste le paillage de feuilles mortes ou de compost. Une nuance toutefois : dans les jardins fréquentés par les campagnols, une couche organique très épaisse leur offre un abri. Gardez alors un paillage modéré et surveillez les planches.
Le compost, maintenant ou à la fin de l’hiver
Un compost mûr peut s’étendre en surface dès l’automne comme à la fin de l’hiver. Sur un sol léger et filtrant, une partie de l’azote qu’il libère risque d’être entraînée par les pluies avant le printemps, ce qui plaide pour un apport plus tardif. Dans tous les cas le compost reste en surface, sans enfouissement profond.
Laisser reposer une terre détrempée
Marcher sur une terre gorgée d’eau ou la travailler détruit sa structure, et ce tassement est bien plus difficile à corriger qu’à éviter. Attendez qu’elle soit ressuyée, c’est-à-dire qu’elle ne colle plus aux bottes, et circulez de préférence sur les allées ou sur une planche posée au sol pour répartir votre poids.
Faire le point sur la saison
Novembre est enfin le bon moment pour noter ce qui a été cultivé sur chaque planche. Ce simple relevé permet de bâtir la rotation de l’an prochain et d’éviter de remettre une même famille de légumes au même endroit. C’est aussi le moment de nettoyer et ranger les outils avant l’hiver.
En résumé
Le potager de novembre suit une progression simple. On sème les fèves et les pois à grain rond là où l’hiver est doux, on plante l’ail, l’échalote grise et les petits fruits partout où la terre reste saine, on protège les légumes qui restent en place et on paille le sol avant les grandes pluies. Dans les régions froides ou sur les terres lourdes, la patience fait partie du travail : plusieurs de ces gestes se décalent sans dommage à la fin de l’hiver.




