L’aubergine (Solanum melongena) passe souvent pour une plante réservée aux grands potagers du sud. Pourtant, elle se cultive très bien en pot, sur un balcon, une terrasse ou un rebord de fenêtre, à condition de comprendre ce que la culture en contenant change par rapport à la pleine terre. Car un pot, ce n’est pas un jardin en miniature : le volume de terre est limité, le substrat sèche vite, les racines n’ont nulle part où aller chercher ce qui leur manque. Tout repose sur le savoir faire du jardinier. Cet article a pour but de vous donner les informations essentielles sur le processus de culture, du semis à la récolte, en insistant à chaque étape sur ce qui est propre à la vie en pot.
Réussir le semis en intérieur
L’aubergine a un cycle long, entre 5 et 6 mois du semis à la première récolte. Il faut donc démarrer tôt pour que les plants soient suffisamment développés au moment de la mise en pot définitif.
La bonne période
Semez entre début février et fin mars. Dans le sud de la France ou en Belgique méridionale, début février convient. Plus au nord ou en climat continental, la mi-février à début mars reste le créneau le plus adapté. Le repère utile est de compter environ 10 semaines avant la date à laquelle les gelées ne sont plus à craindre dans votre région.
La température de germination
C’est le point sur lequel beaucoup de jardiniers se trompent. L’aubergine a besoin d’un substrat maintenu entre 24 et 27 °C, jour et nuit, pour germer correctement. À cette température, la levée survient en 4 à 8 jours. En dessous de 22 °C, la germination ralentit considérablement et peut prendre deux à trois semaines. En dessous de 20 °C, elle devient aléatoire. Si votre intérieur est frais, une nappe chauffante placée sous les godets fait toute la différence. C’est un investissement modeste qui fiabilise cette étape.
La méthode pas à pas
Remplissez des godets ou des plaques alvéolées avec un terreau de semis fin et léger. Déposez une à deux graines par alvéole à 0,5 cm de profondeur, recouvrez d’une fine couche de terreau sans tasser, puis humidifiez au vaporisateur avec de l’eau à température ambiante. Couvrez d’un film plastique ou placez dans une mini-serre pour conserver la chaleur et l’humidité. Les graines n’ont pas besoin de lumière pour germer, mais dès que les premières pousses apparaissent, offrez-leur un maximum de luminosité : un rebord de fenêtre plein sud, ou un éclairage d’appoint si la lumière naturelle est insuffisante. L’aubergine apprécie entre 12 et 15 heures de lumière par jour pour bien se développer. Sans cela, les plants filent et s’affaiblissent.
L’éclaircissage et le rempotage
Quand les plantules présentent leurs premières vraies feuilles (celles qui apparaissent après les cotylédons), conservez uniquement le plant le plus vigoureux par godet. Ne tirez jamais sur le plant surnuméraire : coupez-le au ras du sol avec des ciseaux pour ne pas déraciner celui que vous gardez. Environ quatre semaines après le semis, quand les plants portent deux à quatre vraies feuilles, rempotez-les dans des godets de 9 × 9 cm remplis de deux tiers de terreau et d’un tiers de compost mûr. À ce stade, 18 °C suffisent pour la croissance. C’est déjà un premier exercice de culture en contenant : le volume du godet conditionne le développement racinaire. Un rempotage trop tardif produit des plants chétifs qui reprendront mal dans le pot définitif.
Choisir et préparer le pot
En pleine terre, les racines explorent le sol sur un large volume. En pot, tout ce dont la plante dispose se trouve dans le contenant que vous lui offrez. Le choix du pot et du substrat n’est donc pas un détail.
Le volume du contenant
Un pot de 30 litres minimum est nécessaire, avec au moins 30 cm de profondeur et 30 cm de diamètre. C’est le strict minimum pour une variété compacte. Pour les variétés à développement standard, visez 40 à 50 litres. Un volume insuffisant se traduit par un dessèchement rapide du substrat, un enracinement limité et une production réduite. C’est la différence la plus marquante avec la pleine terre : en pot, un contenant trop petit plafonne la récolte, même si tout le reste est bien fait. Vérifiez que le fond est percé de plusieurs trous de drainage. Un pot sans drainage correct condamne la plante à l’asphyxie racinaire.
Le matériau du pot
La terre cuite retient bien la chaleur, ce que les racines de l’aubergine apprécient, et offre une bonne stabilité face au vent sur un balcon. Un pot émaillé limite l’évaporation, tandis qu’un pot non émaillé, plus poreux, laisse mieux respirer le substrat mais demande des arrosages plus fréquents. Les sacs en géotextile sont une alternative légère, efficace pour l’aération des racines et facile à ranger en fin de saison. Le plastique convient aussi, à condition de ne pas le placer en plein soleil sans paillis, car il peut surchauffer et cuire les racines au contact des parois.
Préparer le substrat
L’aubergine est gourmande. En pleine terre, les racines vont chercher les nutriments en profondeur. En pot, tout doit être concentré dans le volume disponible. Un bon mélange se compose de 50 % de terreau potager, 30 % de compost bien mûr et 20 % de perlite ou de fibre de coco pour le drainage et l’aération. Ajoutez une poignée d’engrais organique à libération lente au moment de la préparation. Ce mélange doit être capable de retenir l’eau sans rester détrempé : c’est l’équilibre le plus délicat à trouver en contenant. Avant de remplir le pot, disposez au fond une couche de 3 à 4 cm de billes d’argile ou de graviers. Ce lit drainant empêche les trous de se boucher et alourdit la base du pot, ce qui le stabilise quand les fruits viendront peser sur les branches.



La plantation en pot définitif
Quand installer les plants dehors ?
L’aubergine ne supporte pas le froid. La plantation en extérieur ne doit intervenir que lorsque la température nocturne ne descend plus sous 12 à 13 °C et que tout risque de gel est écarté. Cela correspond, selon les régions, à fin avril dans le sud et à fin mai ou début juin plus au nord. En pot, vous avez un avantage : si une nuit froide s’annonce, vous pouvez rentrer le pot à l’intérieur ou le pousser contre un mur abrité. Cette mobilité est l’un des atouts majeurs de la culture en contenant.
L’acclimatation
Des plants qui passent brutalement de l’intérieur au plein soleil subissent un stress qui peut bloquer leur croissance pendant des jours. Procédez par étapes sur une à deux semaines. Les trois premiers jours, sortez les plants quelques heures dans un endroit ombragé. Augmentez progressivement la durée et l’exposition directe au soleil. Au bout d’une dizaine de jours, les plants peuvent rester dehors en permanence.
Comment planter ?
Arrosez bien le godet avant la transplantation pour que la motte reste compacte. Installez le tuteur ou la cage de soutien dans le pot avant de le remplir entièrement : c’est plus facile et cela évite de blesser les racines après coup. Creusez un trou au centre, glissez le plant en enterrant légèrement le collet pour le protéger du vent, comblez avec du substrat, tassez doucement et arrosez copieusement. Laissez environ 2 cm de marge sous le rebord du pot pour que l’eau d’arrosage ne déborde pas. En pot, la plantation est aussi le moment de vérifier que le contenant est bien posé à plat, sur des cales si besoin, pour que l’eau ne stagne pas dans la soucoupe.
Le bon emplacement
L’aubergine a besoin d’au moins 6 à 8 heures de soleil direct par jour. Choisissez l’endroit le plus chaud et le plus lumineux de votre espace extérieur, idéalement une exposition sud ou sud-ouest. En pot, vous pouvez exploiter l’effet de réverbération des murs et des sols minéraux qui emmagasinent la chaleur le jour et la restituent la nuit. Placer un pot contre un mur de brique ou de pierre crée un microclimat qui peut faire gagner 2 à 3 °C par rapport à un emplacement isolé. C’est un avantage typique du balcon urbain que la pleine terre n’offre pas toujours.
Écoutez notre podcast sur la culture des aubergines en pot.
L’entretien : ce qui change en pot
C’est dans l’entretien quotidien que la culture en pot se distingue le plus nettement de la pleine terre. Le volume de substrat limité impose une vigilance constante.
L’arrosage
En pleine terre, un arrosage copieux tous les 10 à 15 jours peut suffire. En pot, le substrat sèche beaucoup plus vite, surtout par temps chaud ou venteux. Un arrosage quotidien est souvent nécessaire en été, parfois deux fois par jour lors des fortes chaleurs. Le test du doigt reste le meilleur repère : si les deux ou trois premiers centimètres de substrat sont secs, il faut arroser. Versez l’eau au pied de la plante, lentement, jusqu’à ce qu’elle s’écoule par les trous de drainage. Évitez d’arroser le feuillage, car l’humidité stagnante sur les feuilles favorise les maladies fongiques. Le paillage est un allié précieux en contenant. Une couche de 3 à 5 cm de paille, de lin ou d’écorces de pin limite l’évaporation et peut réduire la fréquence d’arrosage d’un bon tiers. Si vous vous absentez quelques jours, un système de goutte-à-goutte branché sur une bouteille ou un programmateur peut sauver votre récolte.
La fertilisation
En pleine terre, la plante puise dans les réserves du sol. En pot, ces réserves s’épuisent vite. L’aubergine est particulièrement exigeante en potasse, un élément qui soutient la floraison et la maturation des fruits. À partir de l’apparition des premières fleurs, apportez un engrais riche en potasse tous les 10 à 15 jours. Le purin de consoude, que vous pouvez préparer vous-même, est une option naturelle très adaptée grâce à sa richesse en potassium. Le purin d’ortie apporte davantage d’azote et convient mieux en début de croissance. Diluez toujours l’engrais dans l’eau d’arrosage et appliquez-le sur un substrat déjà humide pour ne pas brûler les racines. En pot, le risque de carence est plus élevé qu’en pleine terre : si les feuilles pâlissent entre les nervures, c’est souvent le signe d’un manque de magnésium ou de potasse. Un apport d’engrais liquide complet peut corriger rapidement la situation.
Le tuteurage
Même les variétés compactes peuvent ployer sous le poids de leurs fruits. En pot, la prise au vent est plus forte que dans un massif protégé : un plant non tuteuré risque de se coucher ou de casser. Installez un tuteur solide ou une cage dès la plantation. Attachez la tige principale avec des liens souples (raphia, ficelle de coton) sans serrer, et ajustez au fur et à mesure de la croissance. Sur un balcon exposé au vent, un tuteur en spirale métallique offre un maintien continu sans nécessiter de multiples attaches.
La taille
La taille canalise l’énergie de la plante vers un nombre limité de fruits. En pot, cette concentration est encore plus pertinente qu’en pleine terre, car les ressources en eau et en nutriments sont restreintes.
Comment procéder ?
Coupez la tige principale au-dessus de la deuxième fleur. Des rameaux secondaires vont se développer. En climat frais, raccourcissez chaque rameau après la feuille qui suit la première fleur. En climat chaud, vous pouvez conserver deux fleurs par rameau avant de pincer. La feuille conservée au-dessus de la coupe joue un rôle de « tire-sève ». Supprimez les gourmands, ces petites pousses qui apparaissent à l’aisselle des feuilles et qui détournent de l’énergie sans produire de fruits. Retirez aussi les feuilles jaunies ou abîmées à la base pour favoriser la circulation de l’air autour du pot. En contenant, un plant bien conduit donne en moyenne 5 à 8 fruits. C’est moins qu’en pleine terre, mais ces fruits seront bien formés si l’arrosage et la fertilisation suivent. Les variétés naines ou compactes ne nécessitent généralement pas de taille.



La récolte
La récolte s’échelonne de juillet à octobre selon la date de plantation et le climat. Un fruit est prêt quand sa peau est brillante, lisse et tendue. Si vous pressez légèrement, la chair doit être ferme tout en montrant une légère souplesse. Une peau mate ou brune indique un fruit trop mûr dont la chair sera amère et les graines dures. Coupez le pédoncule au sécateur en laissant 2 à 3 cm de tige et le calice vert attachés au fruit : cela prolonge sa conservation après la cueillette. Récoltez régulièrement, dès que les fruits atteignent environ les deux tiers de leur taille adulte. En pot, cette habitude est encore plus importante qu’en pleine terre : chaque fruit qui reste sur la plante mobilise des ressources que le substrat limité peine à fournir. Une récolte fréquente stimule la formation de nouvelles fleurs et prolonge la saison de production.
Les maladies et ravageurs
La verticilliose
C’est la maladie la plus problématique sur l’aubergine. Le champignon Verticillium dahliae attaque le système vasculaire et provoque un flétrissement progressif, souvent d’un seul côté du plant. Il n’existe aucun traitement curatif. En pot, vous avez cependant un avantage : le substrat est renouvelé chaque saison, ce qui élimine le risque d’accumulation du champignon dans le sol. La prévention passe par l’utilisation d’un substrat neuf chaque année, le nettoyage des pots entre deux cultures et la désinfection des outils de coupe.
Le mildiou
Le mildiou (Phytophthora infestans) se développe quand chaleur et humidité prolongée se conjuguent. Des taches brunes apparaissent sur les feuilles. Évitez d’arroser le feuillage, assurez une bonne aération et, en prévention, traitez à la bouillie bordelaise si les conditions météo sont propices au développement du champignon.
Les ravageurs
Les pucerons colonisent les jeunes pousses : un traitement au savon noir dilué dans l’eau les élimine efficacement. Les araignées rouges prospèrent par temps chaud et sec. En pot sur un balcon, l’air est souvent plus sec qu’au jardin, ce qui les favorise. Des vaporisations d’eau le matin sur le feuillage suffisent souvent à les décourager. Le doryphore peut aussi s’attaquer aux feuilles : en petit nombre, le ramassage manuel reste la méthode la plus simple. La plantation d’œillets d’Inde à proximité aide à repousser certains parasites.
Les variétés adaptées à la culture en pot
Le choix de la variété conditionne directement la réussite en contenant. Privilégiez les variétés compactes et précoces. ‘Pot Black’ a été sélectionnée pour la culture en pot, avec un port ramassé et des fruits violet foncé. La ‘Blanche ronde à œuf’ est une variété ancienne décorative, aux petits fruits blancs ovales, qui se plaît dans des pots de taille moyenne. Les variétés asiatiques comme ‘Ping Tung Long’, longue et fine, sont précoces et adaptées aux contenants. ‘Slim Jim’ se distingue par sa rapidité de production. Évitez les grandes variétés de type ‘Barbentane’ ou ‘Black Beauty’ sauf si vous disposez d’un contenant de 50 litres et d’une exposition très chaude. Les plants greffés méritent une attention particulière en pot : le porte-greffe apporte vigueur et résistance aux maladies du sol, ce qui compense l’impossibilité de faire une rotation de culture en contenant.
Astuces propres à la culture en pot
Quelques pratiques simples font la différence quand on cultive en contenant. Si les nuits restent fraîches après la plantation, un voile de forçage posé le soir fait gagner quelques degrés et accélère la croissance. En fin de saison, quand les températures baissent, retirez les fleurs qui n’auront pas le temps de donner des fruits mûrs pour concentrer l’énergie sur ceux déjà formés. Ne réutilisez jamais le même substrat deux années de suite pour des Solanacées : les risques de maladies et l’épuisement du sol sont trop importants. Vous pouvez en revanche recycler ce substrat usagé pour des cultures moins exigeantes ou l’intégrer à votre compost. Si vous cultivez plusieurs pots, espacez-les d’au moins 50 cm pour que l’air circule bien entre les plants. Et pensez à surélever légèrement les pots avec des cales ou des pieds pour que l’eau s’écoule librement et que le fond ne reste pas dans une flaque.
En conclusion
Cultiver l’aubergine en pot demande de la méthode et de la régularité, plus qu’en pleine terre. Mais le contenant offre aussi des avantages réels : la mobilité, le contrôle du substrat, la chaleur des murs et des sols urbains. Avec un pot de volume suffisant, un substrat riche et bien drainé, un arrosage suivi et un apport régulier de potasse, vous pouvez obtenir une belle récolte même sur un petit balcon. La clé, comme souvent au potager, reste l’observation quotidienne.




