Février et mars marquent le vrai coup d’envoi de la saison au potager. Si les semis de tomates et de poivrons occupent souvent le devant de la scène, c’est aussi le moment de penser aux aromatiques. Elles parfument la cuisine, attirent les pollinisateurs et accompagnent nos légumes tout au long de l’été. Mais par où commencer quand on consulte un catalogue de graines et qu’on se retrouve face à des dizaines de variétés différentes ?
Voici un classement de cinq aromatiques à semer en cette période, sélectionnées selon trois critères concrets : la pertinence de la fenêtre de semis entre février et mars, le niveau d’intérêt des jardiniers pour chacune d’entre elles et la diversité des usages en cuisine comme au jardin. Ce top 5 suit une progression logique, du semis au chaud sous abri jusqu’aux semis de pleine terre du début du printemps.
Pourquoi ces cinq aromatiques et pas d’autres ?
Avant de détailler chaque plante, un mot sur les choix qui ont guidé cette sélection. Le thym et le romarin, par exemple, sont deux aromatiques très appréciées. Mais en février-mars, on les multiplie plutôt par bouturage ou par division de touffe que par semis. Leur germination est lente, aléatoire, et la plupart des jardiniers préfèrent acheter un plant en godet. La menthe, de son côté, se propage surtout par division ou par bouture de tige. Elle ne se sème pratiquement jamais, et c’est plutôt à partir d’avril-mai qu’elle entre en scène.
Les cinq aromatiques retenues ici se sèment véritablement en cette saison, offrent un taux de réussite accessible à tous les niveaux et couvrent un large éventail de saveurs, de la note anisée du basilic au parfum frais de l’aneth. Elles représentent aussi un bel équilibre entre plantes annuelles et vivaces, entre semis au chaud et semis en pleine terre.
1. Le basilic : le semis au chaud par excellence
Une aromatique qui aime la chaleur
Le basilic (Ocimum basilicum) est une plante annuelle de la famille des Lamiacées. Originaire d’Inde, il a besoin de chaleur pour germer et se développer. La température de germination se situe entre 20 et 25 °C, ce qui en fait un candidat parfait pour un semis d’intérieur en février-mars. Sur un rebord de fenêtre bien exposé ou dans une mini-serre, les premières pousses apparaissent en moyenne entre 7 et 15 jours après le semis, selon les conditions de température et de luminosité.
Comment réussir le semis
Les graines de basilic se sèment très en surface, à peine recouvertes d’un à deux millimètres de terreau fin. Elles apprécient un substrat léger et bien drainé, maintenu humide par vaporisation régulière sans excès. Un point de vigilance souvent négligé concerne la lumière. La graine n’en a pas besoin pour germer, mais dès la levée, un bon éclairage devient déterminant pour éviter que les plantules ne filent, c’est-à-dire qu’elles s’allongent excessivement en cherchant la lumière. Les semis réalisés trop tôt en saison, dans une pièce sombre, produisent des plants fragiles et étiolés. Si vous ne disposez pas d’un emplacement très lumineux, il vaut parfois mieux attendre début mars que de semer en janvier dans de mauvaises conditions.
Le repiquage en pleine terre ne se fait qu’après les dernières gelées, lorsque les températures nocturnes restent au-dessus de 15 °C. En attendant, un passage par des godets individuels permet aux plants de se renforcer. Pensez à pincer la tige principale au-dessus d’une paire de feuilles dès que le plant atteint une vingtaine de centimètres de hauteur. Ce geste simple favorise la ramification et retarde la montée en fleurs.
Les variétés à connaître
Le basilic Grand Vert, parfois appelé Genovese, reste le plus cultivé pour la cuisine. Ses grandes feuilles larges et arrondies sont celles du pesto et de la salade de tomates. Le basilic pourpre (Ocimum basilicum ‘Purpurascens’) apporte une touche décorative avec ses feuilles violet foncé et une saveur légèrement épicée et anisée. Le basilic citron, comme son nom l’indique, dégage un arôme citronné qui se marie bien avec les poissons et les desserts. Le basilic thaï offre des notes d’anis et de réglisse, très présentes dans les cuisines d’Asie du Sud-Est. Pour les cultures en pot sur un balcon, le basilic grec, compact et en forme de petit dôme, occupe peu d’espace tout en restant productif.
Au potager, le basilic est un bon compagnon de la tomate, du concombre et de la carotte. Son parfum prononcé contribue à éloigner certains ravageurs, notamment la mouche de la carotte et les pucerons.



2. Le persil : la patience récompensée
L’aromatique la plus consommée en France
Le persil (Petroselinum crispum) est une plante bisannuelle de la famille des Apiacées. Il développe son feuillage la première année et ne monte en graines que la deuxième. C’est l’aromatique la plus consommée en France, aux côtés de la ciboulette, et elle fait partie du quatuor classique des « fines herbes » avec le cerfeuil, la ciboulette et l’estragon.
Le défi de la germination
Le persil a la réputation d’être capricieux au semis, et cette réputation est justifiée. Sa germination est naturellement lente : il faut compter entre 10 et 28 jours selon la saison et les conditions, parfois jusqu’à 35 jours en début de saison quand les températures sont encore fraîches. La température de germination se situe idéalement entre 15 et 20 °C. Cette lenteur s’explique par le fait que, comme d’autres Apiacées (carotte, céleri), les graines de persil possèdent un embryon qui doit encore mûrir après le semis avant de pouvoir germer.
Pour accélérer le processus, une astuce éprouvée consiste à faire tremper les graines dans de l’eau tiède pendant 20 à 24 heures avant le semis. Ce trempage ramollit l’enveloppe de la graine et peut raccourcir le délai de levée de plusieurs jours. Les graines se sèment en sillons peu profonds, à un ou deux centimètres de profondeur, avec un espacement d’environ 2 à 3 centimètres sur le rang. La terre doit rester humide pendant toute la durée de la germination, ce qui demande un suivi régulier.
On peut commencer les semis dès février sous abri ou en godet, et continuer en pleine terre à partir de mars. La première récolte intervient environ trois mois après le semis. Pour disposer de persil frais sur une longue période, il est judicieux d’échelonner les semis en réalisant une série au printemps et une seconde en juillet pour une récolte d’automne et d’hiver.
Persil plat ou persil frisé ?
Le persil plat possède des feuilles plus larges et un arôme plus prononcé. C’est celui que les cuisiniers professionnels préfèrent. Le persil frisé, avec son feuillage dentelé et sa texture croquante, se prête davantage à la décoration des plats et aux salades. Les deux se cultivent dans les mêmes conditions et méritent une place au potager.
Écoutez notre podcast audio au sujet du Top 5 des aromatiques.
3. La ciboulette : la vivace qui simplifie tout
Un semis pour plusieurs années
La ciboulette (Allium schoenoprasum) appartient à la famille des Liliacées, comme l’ail et l’oignon. Sa grande particularité est d’être vivace et très rustique. Elle supporte des températures descendant jusqu’à -20 °C, ce qui signifie qu’une fois installée, elle revient fidèlement chaque printemps sans qu’il soit nécessaire de la ressemer. Son feuillage disparaît en hiver avant de réapparaître dès les premiers jours doux.
Les conditions du semis
La ciboulette se sème de mars à avril, en godet sous abri ou directement en pleine terre. La température de germination se situe entre 15 et 21 °C. La levée prend en moyenne 10 à 15 jours. Les graines se déposent en poquets de 4 à 5 graines, à 0,5 centimètre de profondeur, avec un espacement de 20 centimètres en tous sens. On peut aussi semer plusieurs dizaines de graines dans un même pot pour former une petite touffe dense, que l’on repiquera au jardin deux mois plus tard.
La première récolte a lieu 2 à 3 mois après le semis. On coupe les tiges à la base, ce qui stimule la repousse de feuillage tendre et frais. Les fleurs violettes qui apparaissent à partir de la deuxième année sont comestibles et très décoratives dans les salades. Tous les 2 à 3 ans, il est conseillé de diviser les touffes au printemps ou à l’automne pour les rajeunir. Cette division est d’ailleurs le moyen le plus rapide de multiplier la ciboulette sans passer par le semis.
Au jardin et en pot
La ciboulette est une alliée précieuse au potager. Plantée près des rosiers, elle contribue à limiter l’oïdium et les taches noires. Elle s’associe bien avec la carotte, la tomate, le concombre et le céleri. Sa culture en pot ou en jardinière sur un balcon fonctionne très bien, à condition d’assurer un drainage correct et un arrosage régulier sans excès.
4. La coriandre : l’aromatique qui divise et qui séduit
Une plante au goût singulier
La coriandre (Coriandrum sativum) est une annuelle de la famille des Apiacées, originaire du Moyen-Orient et d’Asie. Son nom vient du grec koris, qui signifie « punaise », en référence à l’odeur que dégagent ses feuilles froissées. C’est l’aromatique qui suscite les réactions les plus tranchées : certains l’adorent, d’autres ne supportent pas son goût. Cette particularité est en partie génétique, liée à la perception d’un composé aldéhydique présent dans les feuilles.
En cuisine, la coriandre est très présente dans les gastronomies asiatiques, mexicaines et méditerranéennes. Et ce qui est intéressant, c’est que toute la plante se consomme : les feuilles, les tiges, les fleurs et même les racines sont comestibles. Les graines séchées, au parfum bien différent des feuilles (plus doux, avec des notes d’agrumes), entrent dans la composition de nombreux mélanges d’épices et de currys.
Le semis et la montée en graines
La coriandre germe à partir de 15 °C. Le délai de levée est de 2 à 3 semaines en moyenne. On la sème en pleine terre à partir d’avril, ou sous abri dès mars dans les régions au printemps tardif. Les graines se déposent en ligne, à 1 ou 2 centimètres de profondeur, avec un espacement d’environ 15 centimètres entre les plants après éclaircissage. Un trempage des graines pendant une nuit avant le semis peut favoriser une levée plus homogène.
Le principal défi de la coriandre est sa tendance à monter rapidement en graines dès que les températures s’élèvent. La chaleur, le stress hydrique et un ensoleillement prolongé accélèrent ce phénomène. Pour prolonger la récolte de feuilles, quelques précautions sont utiles : choisir un emplacement à mi-ombre pendant les mois chauds, maintenir le sol frais par un paillage et pincer régulièrement la tige principale au-dessus d’un nœud pour favoriser la ramification. Certaines variétés comme ‘Calypso’ ou ‘Slow Bolt’ ont été sélectionnées spécifiquement pour leur montée en graines plus tardive.
L’échelonnement des semis toutes les deux à trois semaines reste la méthode la plus fiable pour disposer de feuilles fraîches sur une longue période. La coriandre a aussi un atout au potager : son odeur prononcée éloigne les doryphores, ce qui en fait une bonne compagne des pommes de terre et des solanacées en général.



5. L’aneth : le choix qui fait la différence
Une aromatique sous-estimée
L’aneth (Anethum graveolens) est une annuelle de la famille des Apiacées, comme le persil et la coriandre. Originaire d’Orient, elle était déjà recommandée à l’époque de Charlemagne dans le capitulaire De Villis. Avec son feuillage fin et ses ombelles jaunes, elle ressemble beaucoup au fenouil, au point d’être parfois surnommée « fenouil bâtard ». Mais son parfum est différent, plus frais et plus délicat, avec une note anisée subtile.
L’aneth est moins présente dans les potagers français que les quatre aromatiques précédentes, et c’est justement ce qui en fait un choix intéressant. Pour les jardiniers situés entre la Belgique, les Pays-Bas et le nord de l’Europe, elle est particulièrement adaptée aux climats frais et humides où elle se comporte très bien.
Semis et culture
L’aneth se sème en pleine terre à partir d’avril, lorsque les grosses gelées sont passées, ou sous abri dès mars dans les régions plus douces. La température de germination se situe entre 10 et 24 °C, ce qui en fait l’une des aromatiques les plus tolérantes au frais. La levée intervient en 7 à 10 jours dans de bonnes conditions. Les graines se déposent en ligne à 0,5 ou 1 centimètre de profondeur, en rangs espacés de 30 centimètres. On éclaircit ensuite à 20-25 centimètres entre les plants.
Un point à retenir : l’aneth possède une racine pivotante et n’apprécie pas le repiquage. Il est donc préférable de semer directement en place ou dans des godets profonds si l’on souhaite démarrer sous abri. Pour avoir du feuillage frais tout au long de l’été, l’échelonnement des semis à un ou deux mois d’intervalle est la méthode la plus efficace. La plante peut atteindre plus d’un mètre de hauteur et ses tiges creuses se couchent facilement au vent. Un emplacement abrité est donc préférable.
En cuisine et au potager
En cuisine, l’aneth accompagne les poissons, les fruits de mer, les concombres, les cornichons et les salades nordiques. Ses graines, récoltées en septembre lorsqu’elles brunissent, servent à aromatiser les marinades et les pickles. Au potager, l’aneth attire de nombreux insectes auxiliaires comme les syrphes et les petites guêpes parasitoïdes, qui contribuent à réguler naturellement les populations de pucerons. Elle s’associe bien avec les choux, les concombres, les laitues et les oignons. En revanche, il faut éviter de la semer à côté du fenouil pour prévenir les risques d’hybridation, qui altéreraient le goût des graines produites.
Parmi les variétés à retenir, ‘Dukat’ est réputée pour la richesse aromatique de son feuillage. ‘Fernleaf’, plus compacte (environ 40 centimètres), convient bien à la culture en pot. ‘Mammoth’ atteint une taille conséquente et produit de grandes ombelles qui fournissent une récolte de graines abondante.
Par où commencer ?
Si vous ne deviez en choisir qu’une, le basilic reste le premier semis à lancer en février au chaud. C’est le compagnon naturel des tomates, que la plupart des jardiniers sèment à la même période, et il offre une satisfaction rapide grâce à sa croissance vigoureuse. Le persil, malgré sa germination lente, gagne à être semé tôt pour profiter de sa longue période de récolte. La ciboulette, en tant que vivace, représente un investissement durable. La coriandre et l’aneth, avec leurs profils aromatiques bien distincts, viennent compléter la palette de saveurs et enrichir la biodiversité du potager.
Ces cinq aromatiques ne demandent ni matériel sophistiqué ni espace considérable. Un rebord de fenêtre suffit pour démarrer les semis de basilic et de persil. Quelques mètres carrés de pleine terre accueilleront la ciboulette, la coriandre et l’aneth dès que le printemps s’installera. Le plus important reste de semer au bon moment, dans les bonnes conditions de température, et de ne pas négliger l’arrosage pendant la phase de germination, qui est toujours la plus délicate.
Bon semis à tous, et que vos aromatiques parfument votre cuisine et votre potager cette saison.




