Vos épluchures et vos tontes finissent directement sur vos planches. On appelle ça du compostage de surface. Le mot est pourtant faux, et cette erreur de vocabulaire coûte cher au jardinier. Elle lui fait attendre du geste ce qu’il ne donnera jamais. Elle l’autorise à y déposer des matières dangereuses. Surtout, elle lui cache la seule chose qui compte vraiment ici : la saison !
Deux procédés qui n’ont rien à voir
Dans un tas, tout repose sur la chaleur
Rassemblez de la matière en volume et les micro-organismes s’y multiplient aussitôt. Ils consomment l’oxygène et dégagent de la chaleur. La masse s’isole elle-même et cette chaleur s’accumule. Le cœur d’un tas bien monté peut grimper alors entre cinquante et soixante degrés.
Vous lirez parfois des chiffres de soixante-dix ou quatre-vingts degrés. Ils concernent des volumes industriels de plusieurs dizaines de mètres cubes et vous comprendrez pourquoi vous ne les verrez jamais dans votre composteur familial.
Continuons, le tas refroidit ensuite. Vient une maturation de plusieurs mois pendant laquelle la matière se stabilise. Ce que vous récupérez au bout du compte c’est un amendement concentré et homogène. Plus rien n’y rappelle ce que vous aviez déposé au départ.
En surface, tout repose sur les vers de terre
Étalez une couche de déchets de légumes en couche mince sur une planche. Rien ne chauffe. La masse manque pour retenir la moindre chaleur. Le travail passe alors le relais aux champignons, aux bactéries, aux cloportes et aux collemboles. Les lombrics font le reste. Ils remontent la nuit et les morceaux de déchets descendent donc dans leurs galeries. La décomposition s’achève ici sous terre.
C’est le mécanisme de la litière forestière, transposé sur une planche de potager. Le compostage de surface n’est donc pas un compostage : c’est un paillage nourricier.
Le compost en tas : ce qu’il donne et ce qu’il prend
Sa force tient dans sa chaleur. Une masse qui tient cinquante-cinq degrés pendant trois jours détruit la plupart des graines d’adventices. Elle vient aussi à bout d’une bonne partie des agents pathogènes. Vous obtenez ensuite un produit stabilisé que vous pouvez doser. Vous décidez où vous l’apportez et en quelle quantité. Le tas de compost accepte enfin tout ce qu’une planche refuserait : gros volumes, tontes en excès, adventices montées en graines.
Cet assainissement reste pourtant conditionnel. il ne dépend pas de la taille de votre bac à compost mais essentiellement de votre façon de faire. Montez votre tas en une seule fournée, équilibrez matières vertes et matières brunes, maintenez l’humidité et retournez. Là, le tas chauffera vraiment. Un bac que l’on remplit poignée après poignée reste tiède du début à la fin, il ne détruit rien. C’est pourtant le quotidien de la plupart des composteurs de potager et beaucoup de jardiniers prêtent au leur un pouvoir qu’il n’a jamais eu.
Le second inconvénient surprend davantage : un tas de compost détruit une grande part de ce qu’il reçoit. Plus de 40% du carbone repart dans l’air. L’azote suit souvent le même chemin pour plus du tiers. Ce qui sort du tas est excellent, mais ce n’est qu’une fraction de ce qui y est entré.
Reste la manutention, premier motif d’abandon du compostage domestique. Collecter, monter, arroser, retourner, brouetter, épandre. Et pendant tous ces mois, votre matière dort dans un coin du jardin. Elle n’y protège rien et n’y nourrit personne.
Le compostage de surface : ce qu’il donne et ce qu’il prend
Son premier mérite saute aux yeux dès la première année : le sol reste couvert, l’évaporation chute, la pluie ne tasse plus la terre en croûte et les écarts de température s’amortissent.
Le second mérite se voit moins mais pèse plus lourd. Votre faune mange toute l’année au lieu d’un seul ou de deux repas annuel. Les sols couverts de résidus de légumes et jamais retournés abritent beaucoup plus de vers de terre que les sols travaillés.
Vient l’argument qui change la comparaison. Ici, la faune incorpore la matière sur place. Pas de phase chaude donc pas de carbone ni d’azote dissipés dans l’atmosphère. Ce que vous posez reste chez vous.
Un mot sur la faim d’azote, qui inquiète tant de jardiniers. Tant que la matière reste posée sur le sol, le phénomène n’a pas lieu. La zone appauvrie se limite au premier centimètre de contact entre ce paillage spécifique et la terre. Vos racines s’alimentent bien plus bas. Enfouissez cette même matière et la faim d’azote devient réelle. La règle est donc simplement : on pose, on n’enfouit pas !
Un dernier avantage passe presque toujours inaperçu. Une graine d’adventice posée en surface est une graine exposée. Les carabes et les petits rongeurs en mangent une part importante. Dans certaines situations, ils avalent la majorité de ce qui tombe au sol dans l’année. Cette prédation exige toutefois une couche aérée. Un paillage tassé bloque leurs déplacements.
Des limites existent toutefois. Rien ne chauffe donc rien ne s’assainit car ce qui arrive au sol y arrive intact. Rien ne se dose non plus car la libération des éléments nutritifs échappe à tout calendrier. Une couche épaisse et humide en permanence loge les limaces. Un couvert organique dense attire aussi les campagnols comme nous l’avions signalé dans l’épisode qui leur était consacré.
Les tontes fraîches méritent une mise en garde à part. En épaisseur elles se plaquent et fermentent. Vous obtenez un tapis imperméable au lieu d’un paillage. Posez-les donc ressuyées sur deux à cinq centimètres et jamais plus.
Les déchets de cuisine demandent du discernement. Les épluchures crues bien fragmentées et légèrement recouvertes ne posent aucun problème par contre le cuit, le gras et tout ce qui vient de l’animal attirent les rongeurs.
Et les résidus malades alors ?
Une question surgit alors et est trop peu abordée. Que faire de ces résidus quand votre propre tas ne chauffe pas ? Deux réponses seulement et aucune n’est confortable. Vous pouvez montez une fournée chaude au moins une fois par an en rassemblant vos matières d’un seul coup à la belle saison ou alors sortez ces résidus du jardin jetez-les dans une poubelle et réservez les pour la collecte des déchets verts. Les abandonner dans un bac tiède revient à les replanter chez vous l’année suivante.
Le bon moment, la dimension que tout le monde oublie
Les deux procédés suivent des rythmes différents. Normal, ils ne dépendent pas des mêmes organismes.
Le compostage de surface repose sur la faune du sol. Cette faune travaille dans une fenêtre étroite. Les vers de terre donnent leur maximum entre dix et quinze degrés. Ils ralentissent nettement sous cinq degrés. Ils se mettent au repos quand le sol dépasse la vingtaine de degrés ou quand il sèche.
L’automne, la fenêtre reine
En automne, le sol garde sa chaleur d’été et l’humidité revient. La faune travaille à ce moment en plein régime. Une matière posée en septembre ou en octobre part immédiatement dans les galeries. L’essentiel aura disparu avant le printemps.
L’hiver, où l’on couvre sans nourrir
Sous cinq degrés, la faune descend et ne remonte plus. Ce que vous posez en décembre ne se décompose quasiment pas. Le geste garde son intérêt mais change de nature. En hiver vous ne nourrissez pas votre sol, vous le protégez. Un sol nu prend les pluies de plein fouet et ces pluies emportent les éléments solubles avec les particules les plus fines donc les plus riches.Conclusion logique : ce que vous voulez voir digéré se pose en automne, pas en plein hiver.
Le printemps et l’été, une affaire de dosage
Allégez la couche au printemps. Une matière épaisse sur un sol qui tarde à se réchauffer car trop couvert retarde vos semis et handicape vos cultures de saison chaude. L’été la couche doit rester mince et sert surtout à garder l’eau. La décomposition file sous la pluie et s’arrête net dès que tout sèche.
Et le tas de compost dans ce calendrier alors ?
Même logique. Vous apportez de la matière toute l’année et la décomposition ralentit l’hiver sans jamais s’arrêter. Mais la montée en température exige la saison douce et une fournée montée d’un coup. Un tas commencé en novembre ne chauffera pas. Le geste utile en hiver consiste donc à le couvrir, sous une bâche ou une bonne couche de paille pour que les pluies n’emportent pas tout.
Quant au moment d’épandre un compost mûr, c’est une autre histoire. La saison n’y joue presque aucun rôle. La maturité et la nature du compost commandent tout. Nous lui avons consacré une masterclass entière.
Complémentaires et jamais interchangeables
Mettez les deux face à face et les rôles se distribuent tout seuls. Le tas de compost assainit et une couche de déchets de légumes posé à la surface jamais. La surface conserve la matière, le tas en brûle une grande part. La surface protège votre sol en permanence et le tas ne protège rien avant d’être épandu. Et puis étendre des déchets verts en surface ne demande aucun effort mais gérer un tas en réclame beaucoup.
Chacun couvre exactement les faiblesses de l’autre. Tout faire en surface vous prive du seul outil qui traite les matières à risque. Tout faire au tas laisse vos planches nues la moitié de l’année et disperse dans l’air une bonne part de votre récolte de déchets.
Les erreurs qui reviennent le plus souvent
La première consiste à épandre au sol des résidus porteurs de maladies en croyant qu’un paillage vaut un bon compost à chaud. La deuxième consiste , comme nous l’avons vu à poser les tontes fraîches en épaisseur. La troisième consiste à déposer sur une planche des restes de repas, des matières grasses ou des déchets d’origine animale.et enfin, la quatrième consiste à tasser la couche ce qui coupe l’air et enferme les auxiliaires.
Viennent ensuite les erreurs de calendrier. Espérer nourrir son sol avec un apport de plein hiver, laisser le paillage en place juste avant un semis de culture chaude et enfouir des matières très carbonées au lieu de les poser.
Le verdict du Maestro
Le compostage de surface n’est donc pas du compostage.
Tout se joue donc sur le double tri, celui des matières et celui des saisons. Au sol descendent les matières propres, fragmentées et ressuyées, en couche mince et aérée, en priorité à l’automne et en simple couverture pendant l’hiver.
Songez à diminuer l’épaisseur de la couche de déchets verts au printemps pour laisser votre sol se réchauffer.
Au tas de compost montent les gros volumes car une fournée montée d’un coup à la belle saison vous donnera un compost réellement assaini.
Bonne cultures à tous et toutes et nourrissez bien votre sol!




